CROA du 5 mai 2018

 

Le printemps semble avoir eu raison de l'hiver. Un beau ciel bleu illumine la Picardie ces derniers temps. La Lune a déjà presque trois semaines. C'est donc une période idéale pour une petite sortie astronomique et ça tombe bien car Jean-Pierre Astram de grande réputation au club CAASV lance une petite invitation sur notre groupe WhatsApp. Pourquoi pas ? J'en profite pour lancer la même proposition sur le groupe WhatsApp du club Andromède. Après plusieurs échanges, il s'avère que nous serons seuls JP et moi. Tant pis, nous en profiterons à deux !

 

Rendez-vous fixé vers 21 heures sur le site de Giraumont que je ne présente plus. Nous arrivons tous les deux avec un quart d'heure d'avance. JP m'a même doublé en prenant un raccourci dans les rues de Giraumont. A 20h45, il fait encore jour et pour cause le Soleil est bien visible à l'ouest. Après les salutations d'usages, nous commençons à installer nos deux montures AZ-EQ6. La firme SkyWatcher est bien représentée ce soir sur le plateau de Giraumont.

 

JP tenait à faire une bonne mise en station en équatoriale pour la première fois. Je lui propose donc de travailler en miroir et d'avancer en même temps sur l'installation. Mais voilà, l'AZ-EQ6 de JP refuse de s'incliner à plus de 70° pour aller chercher la latitude qui je le rappelle est d'environ 50° ici. Il semble que la vis permettant cette action ne soit pas libre de son mouvement. Du coup, nous débattons sur le fait d'acheter ce matériel neuf ou d'occasion. La mienne est neuve, celle de Jean-Pierre d'occasion après passage au service d'entretien de l'entreprise très réputée « Pierro Astro ». Bon rien à faire, ce soir JP refera une mise en station en azimutale.

 

Pendant ce temps, nous admirons un magnifique coucher de Soleil et j'aligne mon tube avec mes chercheurs grâce à une antenne à l'horizon. La polaire n'étant toujours pas visible, je ne peux pas aller plus loin sur ma mise en station. Comme Vénus brille déjà de plein feu, j'oriente le tube vers cette dernière à la main. Mais quel spectacle décevant. C'est flou et il y a plein de dispersion chromatique. J'essaye de l'atténuer avec l'ADC (Atmospheric Dispersion Corrector) mais rien n'y fait. Je commence à pester sur mon Newton et l'accuse d'être encore décollimaté. Je rêve d'un Ritchey-Chrétien (Coralie si tu lis ces quelques lignes, pourras-tu passer un petit message à ton Tonton ?)

 

Il y a un petit vent sur le plateau. Avec la taille de mon tube (254/1200), je constate qu'il serait illusoire de faire de la photo ce soir. J'ai une trop grande prise au vent et l'atmosphère risque d'être un peu turbulente. Comme JP a replacé sa monture en mode Azimutale et que quelques étoiles ont fait leur apparition, je lui propose de tenter un alignement sur une étoile qui sera Arcturus. Là nous avons une petite séance de rigolade car JP valide quand il ne faut pas ou «Escape» quand il faudrait valider (David si tu nous voyais !). Bon c'est simple, sur la raquette de commande Enter est à droite et Esc est à gauche. Résumons, sur la main droite, le pouce est à gauche et sur la main gauche, le pouce est à droite. Simple, non ? Finalement, nous y arrivons après avoir utilisé Arcturus et Véga. Nous retournons sur Vénus avec la lunette de 105 de JP. Là aussi ce n'est pas terrible. Bon peut-être que ma collimation n'y est pour rien ? Regardons Jupiter qui vient d'apparaître, ce n'est guère mieux. On voit parfaitement les quatre satellites galiléens tous du même côté mais sans être alignés (n'en déplaise à Philou).

 

Ah, voici la polaire. C'est à mon tour de faire des bêtises. Rien à faire elle n'apparaît pas dans l'oculaire de l'axe polaire. Je m'allonge par terre, je modifie la collimation, m'enfin. Je redresse la tête et je m'aperçois que je n'ai tout simplement pas orienté la monture pour que l'ouverture soit en face de l'oculaire. C'est comme celui qui fait des photos sans retirer l’opercule. Là, ça fonctionne beaucoup mieux et hop ! La mise en station est pliée. Je fais mon alignement sur trois étoiles et me voilà prêt à rivaliser avec JP. Nous décidons de suivre ma liste préétablie et d'observer les mêmes objets en même temps. En allant du télescope à la lunette nous pourrons comparer.

 

Nous commençons avec M81 (la galaxie de Bode) et M82 (galaxie du Cigare) elles se situent dans la Grande Ourse et sont voisines toutes les deux. M81 est une galaxie spirale assez modeste de 60 000 AL mais bien visible puisqu'on la voit par le haut. Elle présente une brillante condensation centrale. M82 - 9 h 55' 52'' +69° 40' 49'' – Magnitude +8,6 - est une galaxie irrégulière, elle se présente par la tranche. La partie centrale est très brillante également. Dans l'oculaire XWA de 20 mm, elles apparaissent côte à côte sans avoir à modifier le cadrage. La mise en station est bonne et le GOTO est allé droit dessus.

 

Puis, c'est au tour de M64 : 12h56,7 +21°41' - Magnitude 8,5 – Galaxie spirale de l'Œil Noir dans la Chevelure de Bérénice. On distingue bien le cœur de la galaxie bien plus brillante que les spirales alentours. Il faut un peu utiliser sa vision périphérique pour une meilleure vision de sa forme ovale.

 

La suivante sera M51 : 13h29 +47°12'Magnitude 8,4 – La galaxie du Tourbillon. C'est un couple de galaxies situé à 27,4 millions d'AL dans la constellation des Chiens de chasse. Légèrement plus lumineuse que la précédente, nous apercevons sans difficulté les deux cœurs des galaxies. Sur la plus grande nous devinons également les spirales qui s'en échappent sous forme d'un halo circulaire. Pour l'instant, j'ai gardé l'oculaire de 20mm.

 

Nous quittons les galaxies en nous rapprochant un peu pour passer aux Amas Globulaires et nous commençons par M53: 13h13 +18°10'Magnitude 7,7- Situé dans la Chevelure de Bérénice, c'est un des AG les plus lointains que nous connaissons. Il nous apparaît comme une tache ronde, diffuse et homogène mais assez lumineuse. Avec le 20mm, nous n'arrivons pas à résoudre l'amas.

 

Alors, nous dévions sur un amas beaucoup plus lumineux, M5: 15h19 +02°05'Magnitude 5,8 – situé dans le Serpent, c'est le plus gros amas globulaire du catalogue Messier. Le centre étant très marqué, l'envie de passer avec l'oculaire de 9 mm se fait ressentir rapidement. Avec, les étoiles sont résolues. Quel beau spectacle ! C'est pratiquement le seul objet visible dans le champ.

 

Afin de rester dans l'admiration du ciel profond nous allons ensuite vers celui qui reste le plus beau pour moi, j'ai nommé M13, le grand amas d'Hercule. 16h42 +36°28' - Magnitude 5,9 - Avec le 20mm l'amas est facilement discernable. Il est très brillant avec des bords très diffus. C'est un des objets les plus imposants du catalogue de Messier. Comportant plus de 500 000 étoiles, il apparaît avec un diamètre de 20 minutes d'arc, soit un diamètre réel de 150 AL. Avec ces caractéristiques, inutile de résister à l'envie de le regarder à travers l'oculaire de 9mm. On grossit 133 fois et l'image est nette. Là aussi les étoiles sont résolues. Quel plaisir ! Mais, j'en veux plus et je dégaine le 3,5mm. La mise au point n'est pas facile. Avec un peu de turbulence, l'image est tantôt nette et tantôt beaucoup plus floue mais nous sommes au cœur de l'amas. Il me manque l'oculaire de 5mm dans ma collection XWA alors JP me propose d'essayer avec son Pentax 5mm. Certes nous reculons un peu mais nous retrouvons une belle netteté. C'est sûr, c'est l'oculaire qui me manque.

 

Nous terminons notre liste par M313 h 42,2  +28°23' - Magnitude: 6,3 – Amas globulaire dans les Chiens de Chasse. L'amas est l'un des plus importants par le nombre d'étoiles : il en compterait pas moins d'un demi-million. La taille de l'amas est d'environ 160 d'AL. De tous les amas connus, M3 est celui qui contient le plus d'étoiles variables : pas moins de 210 ont été recensées. J'ai laissé le Pentax 5 mm de JP. Comme je l'indiquais, la mise en station étant très bonne ce soir, l'amas se retrouve centré grâce au GOTO. Malgré le fort grossissement, il reste très brillant. Il est bien rond et plus large que le précédent mais bien plus condensé.

 

Minuit a déjà sonné au clocher de Giraumont depuis un petit moment alors il est l'heure d'aller saluer le chef du système solaire. Nous pointons vers Jupiter. Il n'y a plus que trois satellites visibles. Europe vient de passer devant la planète géante mais nous n'arrivons pas à la discerner. Dans l'ordre, il nous reste Callisto, Io et Ganymède. La planète étant plus haute, la définition est bien meilleure qu'en début de soirée. Je vais donc jouer avec mon oculaire de 9 mm. Bien sûr c'est très lumineux mais nous arrivons à apercevoir deux bandes.

 

Je décide de jouer avec des filtres de couleurs. Je pense opter pour le bleu léger. JP n'est pas d'accord il m'invite à choisir du gris. Ok, Jean-Pierre essayons le gris #3. Certes, c'est moins lumineux mais je ne suis pas convaincu, disons que c'est bon pour la rétine. Donc, je place mon bleu n°82A (je n'ai pas le n°80A) et cette-fois ci ce n'est pas deux bandes que je découvre mais une troisième au sud. L'image est bien sûr moins agressive question luminosité mais elle est surtout plus contrastée. Alors toutes les couleurs y passent. Filtre rouge n°23A, il est recommandé pour Jupiter sur les sites d'astronomie : mais, mon Dieu que c'est … rouge ! Ça ne me plait pas, JP lui aime bien. Filtre orange n°21 : c'est plus agréable à regarder, là aussi on a de beaux contrastes. Filtre jaune n°12 : c'est le préféré de Jean-Pierre, l'image est effectivement bien contrastée et on retrouve notre troisième bande. Mais c'est jaune ! Finalement, le n°1 reste le bleu pour moi. JP a choisi le jaune. Match nul.

 

Une heure du mat s'approche, il fait toujours aussi beau avec une température de 15°C : c'est bien agréable d'autant qu'il n'y a pas d'humidité. Nous rangeons notre matériel, JP peste contre le petit coffre de sa nouvelle voiture et nous nous quittons heureux de cette belle soirée en tête à tête. À la prochaine JP, c'est quand tu veux.

 

Bon ciel à tous.

 

Simon-Pierre.

 


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