Parfois, février offre des cadeaux inattendus. Ce soir-là, le thermomètre avait dépassé les 15°C et le soleil avait brillé sans interruption depuis le matin. Une invitation à sortir le télescope s’imposait. Quelques nuages sont apparus en fin d’après-midi, mais ils n’ont pas eu le dernier mot.
Préparation de la session et mise en place du matériel
Dans l’après-midi, j’ai constitué une liste de cibles en puisant dans l’ouvrage de Jean-Raphaël Gilis J’observe le ciel profond. L’idée était de proposer un programme varié : nébuleuses, amas, galaxies. La saison se prête évidemment à l’observation d’Orion et des Pléiades, mais il y a toujours de quoi aller plus loin.
Matériel chargé dans le coffre, thermos de café préparé pour les participants, j’étais sur site vers 18h20 — le café m’avait coûté quelques minutes. Il faisait encore jour. Ma fille aînée et l’un de ses amis m’accompagnaient ce soir-là. Nous avons monté le télescope rapidement et j’ai opté pour une configuration azimutale dès le départ. En attendant la nuit, nous avons grignoté quelques sandwichs.
Premiers pointages : Vénus et les étoiles doubles
Vénus s’est montrée assez tôt. Son croissant était net dans les oculaires — un LET 28 mm et un XWA 9 mm — et sa luminosité frappait les yeux. Les deux jeunes ont été immédiatement conquis. Cette observation nous a occupés le temps que le ciel se dégage complètement.
Une fois la monture alignée sur Rigel et Castor, nous en avons profité pour contempler cette dernière en tant qu’étoile double. Le 9 mm révèle bien la séparation entre les deux composantes, même en conditions ordinaires.
Le grand classique : M42 et les Pléiades
Difficile de débuter autrement qu’avec M42. En pointant la nébuleuse d’Orion, ma fille a aperçu ce qu’elle a décrit comme « un halo vert au milieu de l’oculaire » — sa première nébuleuse. En passant au 9 mm, nous plongions littéralement dans sa structure gazeuse et le Trapèze brillait au centre avec une netteté satisfaisante.
Ma fille a ensuite réclamé les Pléiades. Direction M45 : nous avons pris le temps de compter les étoiles visibles une à une. Toutes présentes. Un moment simple, mais toujours efficace pour initier un public peu familier avec l’astronomie.
Exploration du ciel profond : nébuleuses et amas
La liste préparée l’après-midi pouvait enfin entrer en jeu :
- NGC 1535 — une nébuleuse planétaire discrète, demandant un effort de vision décalée pour se révéler. Elle était bien là, mais il fallait la mériter.
- M79 — amas globulaire du Lièvre, plus difficile que ses cousins Hercule ou Oméga, mais tout à fait accessible avec de la patience.
- IC 418 — nébuleuse planétaire dite de la Spirographe. Ce soir-là, elle ne s’est pas laissé attraper. Il lui faudra un autre rendez-vous.
Les galaxies au programme
Nous avons commencé par Andromède (M31), choix naturel pour une initiation. Avec le 28 mm, le champ est suffisamment large pour percevoir l’étendue réelle de la galaxie plutôt que son seul noyau brillant. J’ai insisté pour que les deux novices travaillent leur vision périphérique — la différence est notable.
Ensuite, direction M82 et M83. Les placer simultanément dans l’oculaire reste un exercice satisfaisant, qui donne une idée concrète des distances en jeu. Puis ce fut un enchaînement rapide : NGC 1788, M43, M78, M41… Pour clore ce chapitre, M1, la nébuleuse du Crabe. Basse sur l’horizon, elle se devinait plus qu’elle ne se montrait franchement — mais le 9 mm permettait tout de même d’en distinguer la forme diffuse.
Essai des nouveaux oculaires sur Mars
J’avais promis un test de mes nouveaux oculaires. Mars était la cible retenue. On distinguait bien un disque rougeâtre, mais la planète est actuellement loin de la Terre et même le 4 mm n’a pas suffi à extraire des détails. La turbulence atmosphérique rendait la mise au point laborieuse. Nous sommes rapidement retournés vers Vénus pour finir la soirée sur une image plus généreuse.
Bilan d’une soirée d’hiver réussie
Ce CROA du 15 février 2017 restera dans les mémoires pour sa douceur inattendue et la progression de la soirée : un ciel d’abord hésitant, puis de plus en plus coopératif. Entre la découverte émue d’une première nébuleuse et la chasse aux objets discrets, chaque observation a eu sa propre couleur. Le meilleur équipement, c’est souvent la curiosité de ceux que l’on emmène avec soi.