Revenir de montagne sous la neige et finir la journée les yeux rivés sur les étoiles : voilà résumée cette soirée du 24 février 2017. Après dix heures de route depuis les Pyrénées, impossible de résister à une nuit d’observation quand la météo picarde se montre généreuse. Un quart d’heure de plus au volant, et nous voilà réunis en nombre avec le club, plusieurs tubes dressés dans le froid.
Installation sur le terrain de Lassigny
Le rendez-vous était fixé aux abords de Lassigny, dans un champ dégagé au lieu-dit Belval, en bordure de la D142 qui descend vers Elincourt-Sainte-Marguerite. Les coordonnées du site : N 49° 34′ — E 002° 50′. Un horizon large, des champs à perte de vue, les conditions idéales pour une nuit profonde.
Laurent et Philou ont sorti leur Dobson 300 mm en quelques minutes, rodés comme ils le sont à ce montage express. Pour les autres, la mise en place a demandé un peu plus de patience — notamment à cause d’un focuser récalcitrant qui a nécessité quelques ajustements avant de coopérer. Une fois les derniers réglages effectués, direction Orion pour la mise en station visuelle. La Grande Nébuleuse était au rendez-vous, lumineuse et rassurante : la soirée pouvait commencer sérieusement.
Parmi les nouveaux visages de la nuit, Coralie nous rejoignait pour la première fois. Elle arrivait avec un Schmidt-Cassegrain monté sur une équatoriale motorisée avec GOTO — un cadeau d’un oncle manifestement bien informé en matière d’optique astronomique. Marc l’accompagnait dans la prise en main de l’instrument.
Les galaxies du Lion sous la loupe
Laurent et Philou travaillaient entièrement à la main, sans assistance motorisée. Philou avec ses dossiers d’éphémérides, Laurent avec son sens du pointage : ensemble, ils forment un binôme efficace. La monture AZ-EQ6 suivait les mêmes cibles de mon côté, avec un peu moins d’élégance manuelle mais autant de curiosité.
Le groupe du Lion a occupé une bonne partie de la soirée. M95 et M96, les deux galaxies spirales proches l’une de l’autre, étaient relativement accessibles. Le Triplet du Lion s’est ensuite imposé : M65, M66 et NGC 3628, la célèbre galaxie du Hamburger, reconnaissable à sa silhouette allongée et légèrement déformée.
Le groupe de M81 et M82
Cap sur la Grande Ourse pour retrouver deux classiques : M81, la galaxie de Bode, et M82, la galaxie du Cigare. Toujours aussi saisissantes côte à côte dans l’oculaire. Laurent et Philou ont ensuite attiré l’attention sur NGC 3077, une troisième galaxie du même groupe physique, nettement plus discrète.
Sur le Dobson 300 mm équipé d’un oculaire de 41 mm, les trois objets tenaient dans le même champ de vision — une mise en scène rare et impressionnante. NGC 3077 reste néanmoins difficile à détacher du fond de ciel, même en grossissant avec un oculaire de 9 mm.
L’occasion de tester le filtre UHC sur cet ensemble. Résultat immédiat : le fond du ciel noircit sensiblement, le contraste sur M81 et M82 gagne en netteté. Sur NGC 3077 en revanche, l’objet se fond dans le noir et disparaît presque — preuve que ce filtre coupe-bande est taillé pour les nébuleuses en émission, pas pour les galaxies.
Jupiter au lever : turbulences et satellites
En fin de soirée, une annonce agite l’assemblée : Jupiter vient de se lever. La planète était encore très basse sur l’horizon, et les turbulences atmosphériques se faisaient sentir. Passant des oculaires en 50,8 mm aux Plössl de 31,75 mm, puis au 6,3 mm pour un grossissement de ×190, l’image oscillait mais restait exploitable.
Deux bandes nuageuses équatoriales se dessinaient clairement. Mais ce qui a suscité le plus de commentaires, c’est la disposition des satellites galiléens : Ganymède isolé d’un côté, Io et Europe regroupés de l’autre. Un alignement momentané qui rappelle combien le système jovien est en mouvement constant, offrant une configuration unique à chaque observation.
Bilan d’une soirée réussie
Dix heures de route, un focuser capricieux, du froid et quelques turbulences : rien de tout cela n’a entamé la qualité de la nuit. Galaxies du Lion, groupe de M81, Dobson 300 mm et filtre UHC — chaque instrument a apporté sa pierre à l’observation collective. Ces soirées partagées, où les conseils s’échangent aussi librement que les oculaires, sont au cœur de ce que propose l’Astroclub Andromède à ses membres.