Les Saints de Glace ont fidèlement rempli leur office cette année, mais l’hiver a rapidement cédé du terrain. Une éclaircie inattendue sur le ciel picard suffit à déclencher l’alerte : quelques messages sur les groupes WhatsApp des clubs Andromède et CAASV, et David (CAASV) répond présent. Ce sera une session à deux.
Installation et mise en station du Newton 254/1200
Rendez-vous fixé à 21h30, mais nous arrivons tous les deux en avance — la motivation n’est jamais en défaut. David, qui travaille tôt le lendemain, est venu en observateur détendu et m’aide à monter le Newton 254/1200 sur la monture AZ-EQ6.
La mise en station se révèle laborieuse. Après plusieurs tentatives infructueuses, je prends le parti de tout recommencer depuis le début. Décision judicieuse : une fois la procédure reprise correctement, le suivi devient nominal et les pointés s’enchaînent sans accroc.
Premier coup d’œil sur Vénus
Le début de soirée est consacré à Vénus, encore bien positionnée à l’ouest. Mais il est tôt, l’humidité est dense, et la planète affiche une phase quasi pleine — loin du croissant élégant que l’on espère toujours. L’observation reste anecdotique, et nous passons rapidement à la liste d’objets préparée à l’avance.
M81 et M82 : le duo de la Grande Ourse
Premier arrêt dans les parages de la Grande Ourse, avec la galaxie de Bode (M81 – 9h55,6 / +69°04′ – magnitude 6,9). L’oculaire de 20 mm offre un champ apparent de 100°, suffisant pour placer simultanément M81 et sa voisine M82, la galaxie du Cigare, dans le même champ visuel.
Le contraste entre les deux est saisissant :
- M81 se présente presque de face, avec un noyau très brillant cerné d’un large halo elliptique. Distante d’environ 8 millions d’années-lumière, elle reste l’une des galaxies spirales les plus accessibles de l’hémisphère nord.
- M82, galaxie irrégulière vue par la tranche, prend la forme d’un fuseau allongé et très contrasté, immédiatement reconnaissable.
Les deux objets sont visibles en vision directe sans difficulté. Un classique qui ne déçoit jamais.
M12 dans Ophiuchus : une cible trop basse
Nous tentons ensuite l’amas globulaire M12 (16h47,2 / –1°57′ – magnitude 6,6), logé dans la constellation Ophiuchus. Malheureusement, l’objet culmine très bas ce soir-là. L’humidité ambiante amplifie la pollution lumineuse rasante, et nous n’obtenons qu’une tache diffuse sans relief. L’amas sera à remettre à une soirée plus favorable, en milieu d’été.
NGC 4631 : la galaxie de la Baleine dans les Chiens de Chasse
NGC 4631 (12h42,1 / +32°32′ – magnitude 9,8), visible par la tranche dans la constellation des Chiens de Chasse, dévoile sa forme très allongée à condition de savoir exactement où regarder. Sa faible brillance de surface rend l’observation délicate dans ces conditions. Le souvenir d’une nuit plus transparente — celle du CROA du 24 mars 2017 — reste bien supérieur à ce que la soirée nous offre ici. Elle surpasse toutefois M12 en termes de satisfaction visuelle.
M57 : la Nébuleuse de la Lyre, toujours au rendez-vous
La Nébuleuse de la Lyre (M57 – 18h53,6 / +33°02′) est l’un de ces objets qui récompensent l’observateur à chaque session. En passant à l’oculaire de 9 mm, l’anneau caractéristique se dessine clairement malgré une magnitude de 9 et un vent d’altitude perceptible. La tache ovale verdâtre, entourée de son liseré légèrement plus sombre au centre, produit toujours son petit effet. C’est l’un des plus beaux restes de nébuleuse planétaire accessibles avec un instrument de 250 mm.
M51 au zénith : la galaxie du Tourbillon
Sans changer d’oculaire, nous orientons le tube vers le zénith pour viser la galaxie du Tourbillon (M51 – 13h30,0 / +47°11′ – magnitude 8,4). Sa position haute dans le ciel nous protège partiellement de la turbulence et de la pollution lumineuse basse. La structure spirale est perceptible, même si les conditions générales — humidité, vent, turbulences — restent pénalisantes tout au long de la nuit.
Bilan de la soirée
Cette session du 15 mai 2018 illustre bien la réalité de l’astronomie amateur en région de plaine : les conditions sont rarement idéales, et il faut composer avec ce que le ciel veut bien offrir. Humidité persistante, vent en altitude, turbulences atmosphériques et jours de plus en plus longs à l’approche du solstice — autant de facteurs qui réduisent la fenêtre d’observation efficace.
Malgré tout, M81/M82 et M57 ont largement justifié le déplacement. Sortir par une éclaircie imprévue, même dans des conditions médiocres, reste toujours préférable à rester à l’intérieur. Les irréductibles que nous sommes rentrent satisfaits, en attendant la prochaine nuit claire.