Le mois de mai 2018 restera comme un mois généreux pour les astronomes amateurs de la région. Après plusieurs semaines de ciel capricieux, les conditions météo se sont enfin alignées pour offrir plusieurs sorties consécutives. Ce samedi soir du 19 mai, les prévisions s’annoncent favorables et l’invitation est lancée aux membres des clubs Andromède de Lassigny et CAASV de Saint-Sauveur. Jacques et Sébastien, président du CAASV, répondent présents.
Installation sur les hauteurs de Giraumont
Le rendez-vous est fixé à 21h30 : les soirées s’allongent et le soleil rechigne à quitter l’horizon. Sur site, l’air est vif. Le thermomètre affiche 13°C et un petit vent persistant rappelle que les Saints de Glace ne sont pas si loin. Jacques est déjà en place, son EQ6 posé, en train d’y fixer son C11 Celestron. Je monte de mon côté un Newton 254/1200 sur monture AZ-EQ6.
Profitant des dernières lueurs du jour, j’aligne les tubes et les chercheurs, puis effectue une collimation rapide au laser. Le secondaire n’a pas bougé. Le réglage du primaire se révèle minime et l’ensemble est rapidement opérationnel.
Premier objet du soir : la Lune jeune
Jacques pointe sans attendre la Lune, âgée seulement de quatre jours. Malgré sa jeunesse, elle brille intensément à l’ouest, à proximité de Vénus. Il active le suivi stellaire de son EQ6 et enregistre quelques vidéos de la surface lunaire. Avec le C11, le champ est serré et la Lune n’apparaît que par portions. Nous testons mon réducteur de focale ×0,5, mais le tirage disponible ne permet pas d’atteindre la mise au point correcte.
Dans mon Newton équipé d’un oculaire XWA 20 mm, le disque lunaire rentre en entier dans le champ. Un filtre gris neutre s’impose rapidement pour protéger nos rétines de la luminosité excessive.
Mise en station et alignement polaire
Nous échangeons sur nos méthodes de mise en station et d’alignement sur trois étoiles. Ce soir, le processus se déroule avec une fluidité inhabituelle : quelques minutes suffisent pour obtenir une précision satisfaisante. J’aide ensuite Jacques à réaliser son propre alignement. Ces moments de travail collaboratif sont toujours enrichissants, autant pour celui qui guide que pour celui qui apprend.
La liste d’objets de la soirée a été préparée en croisant les suggestions de l’application AstroGenerator avec les recommandations du livre J’observe le ciel profond de Jean-Raphaël Gilis, deux références complémentaires pour cibler efficacement les objets accessibles selon les conditions du moment.
Les amas globulaires à l’honneur
Sébastien nous rejoint au moment précis où nous débutons les observations. Il installe un 130/650 sur monture allemande, généreusement offert au club par une habitante de Pierrefonds.
M53 – un globulaire lointain dans la Chevelure de Bérénice
Notre première cible est M53, un amas globulaire situé dans la Chevelure de Bérénice, aux coordonnées 13h 12,9m / +18°10′, de magnitude 7,7. Classé parmi les amas globulaires les plus éloignés accessibles aux amateurs, il se trouve à environ 58 000 années-lumière du Soleil. Dans l’oculaire, il se présente comme une tache nébuleuse légèrement ovale, avec une concentration stellaire modérée en son centre. La forme évoque vaguement une carapace de tortue arrondie.
M3 – un globulaire éclatant dans les Chiens de Chasse
La cible suivante est M3, situé dans la constellation des Chiens de Chasse, à 13h 42,2m / +28°23′, de magnitude 6,4. Théoriquement visible à l’œil nu dans un ciel bien noir, cet amas globulaire contraste fortement avec M53 : il est nettement plus brillant, plus sphérique, et bien plus riche en étoiles. Sa distance, d’environ 33 900 années-lumière, le place sensiblement plus près de nous que le précédent.
Je remplace l’oculaire de 20 mm par un 9 mm pour gagner en grossissement. Malgré quelques oscillations dues au vent, la mise au point est nette et nous commençons à résoudre les étoiles périphériques de l’amas. Un spectacle immédiatement gratifiant.
Une soirée placée sous le signe du partage
Cette nuit du 19 mai illustre bien ce qui fait la richesse des sorties inter-clubs : la complémentarité des instruments, les échanges techniques, et la progression collective autour d’objets choisis avec soin. Les amas globulaires, souvent sous-estimés face aux nébuleuses plus spectaculaires, révèlent toute leur profondeur dès lors qu’on leur consacre du temps et un oculaire adapté.
- M53 – magnitude 7,7 – 58 000 années-lumière – Chevelure de Bérénice
- M3 – magnitude 6,4 – 33 900 années-lumière – Chiens de Chasse
- Instruments utilisés : Newton 254/1200 sur AZ-EQ6, C11 Celestron sur EQ6, 130/650 sur monture allemande
La liste d’objets prévue pour la soirée ne s’arrête pas là, et NGC 2903 figure parmi les prochaines cibles à explorer. La nuit est encore longue, le ciel coopère : les amas n’ont pas dit leur dernier mot.