Observation de M101 : photographier la Galaxie du Moulinet

M101, surnommée la galaxie du Moulinet, est une cible ambitieuse pour les astrophotographes amateurs. Après deux tentatives infructueuses conduites au jugé et au pointeur laser, il était temps d’aborder cette galaxie spirale de manière plus méthodique. Voici le compte rendu complet de cette session nocturne.

Préparation de la session avec Stellarium

La réussite d’une observation commence bien avant de sortir le matériel. Cette fois, la soirée a été préparée en amont avec Stellarium : vérification de la position de M101 par rapport à l’environnement direct, relevé précis des coordonnées AD/DEC de la cible, et identification de l’étoile de départ pour le pointage manuel.

Le choix s’est porté sur Alkaïd, l’étoile à l’extrémité du manche de la Grande Ourse. Sa luminosité en fait un repère idéal pour effectuer la mise au point avec l’APN avant de dériver vers la cible principale.

Installation et mise en station

Le matériel est sorti à 21h30. La mise en station comprend la mise à niveau de la monture et le centrage de l’étoile polaire dans le réticule du viseur polaire — une étape indispensable pour limiter le filé d’étoiles sur les poses longues.

Un oculaire de 25 mm permet de centrer Alkaïd visuellement, puis l’appareil photo numérique prend sa place. La mise au point préliminaire est effectuée sur le point lumineux de l’étoile, avant d’installer le masque de Bahtinov pour une mise au point finale vérifiée directement sur l’écran du PC.

Le logiciel Bahtinov Grabber, censé mesurer la position des aigrettes pour affiner la MAP, n’a pas répondu favorablement ce soir-là — des messages d’erreur répétés ont conduit à abandonner cet outil pour ne pas perdre de temps précieux sous un ciel dégagé.

Vers M101 : pointage et cadrage

Des poses test sur Alkaïd révèlent que le plafond de la soirée est fixé à 30 secondes sans filé détectable — moins performant que la session précédente malgré un soin identique apporté à la mise en station. Une contrainte à accepter.

Après avoir noté les coordonnées d’Alkaïd sur la bague d’AD, le pointage bascule vers les coordonnées du Moulinet. Une pose test de 30″ à 1600 ISO révèle M101 en filigrane sur l’écran. Il faudra un bon quart d’heure pour centrer précisément la galaxie — identifier quel axe corriger, et dans quel sens, reste un exercice d’équilibriste que seule la pratique affine progressivement.

Acquisition : 200 poses en 2 heures

Une fois la cible bien cadrée, l’intervallomètre est réglé sur des cycles de 30 secondes de pose suivies de 5 secondes pour permettre l’enregistrement de chaque fichier. Le programme d’acquisition est lancé pour 200 poses à 800 ISO, soit environ deux heures d’attente sous les étoiles.

Ce temps est mis à profit pour observer le ciel à l’œil nu et repérer les passages de satellites. Vers 23h, un train d’une soixantaine de satellites Starlink traverse le champ entre l’étoile polaire et la Grande Ourse, quasi parallèle au manche — un spectacle saisissant, même si leur multiplication suscite des débats légitimes dans la communauté astronomique.

La pollution lumineuse du village environnant réduit le contraste du fond de ciel jusqu’à minuit, heure à laquelle les lampadaires s’éteignent enfin. Le ciel devient alors sensiblement plus noir.

Darks, Flats et traitement sous Siril

En fin de session, une trentaine de darks sont enregistrés avant le rangement du matériel. Les flats sont réalisés le lendemain matin sur un ciel bleu homogène, condition idéale pour corriger le vignettage et les poussières.

Le récapitulatif des fichiers acquis :

  • 200 brutes de 30″ à 800 ISO
  • 38 darks
  • 99 offsets
  • 30 flats

Le traitement mobilise plus de 4 heures sous Siril via le script APN avec DOF, suivi d’1h30 de finitions manuelles entre Siril et GIMP. Ce temps de traitement est également mis à profit pour concevoir une nouvelle version de la signature apposée sur les photos astronomiques du club.

Résultat et bilan de la soirée

Malgré les contraintes de la période — confinement, pollution lumineuse, plafond d’exposition réduit à 30 secondes —, M101 est enfin capturée avec une image exploitable et des détails de spirale visibles. Une troisième tentative qui prouve qu’une préparation rigoureuse fait toute la différence face à une galaxie de magnitude 7,9 étendue sur plus de 28 minutes d’arc.

Cette session confirme également l’intérêt d’une approche progressive : noter les coordonnées de l’étoile relais, valider l’exposition sur une cible brillante avant de sauter sur la cible faible, et ne pas s’acharner sur un outil logiciel défaillant quand le temps sous les étoiles est compté.