Le printemps tient enfin ses promesses sur la Picardie. Après plusieurs semaines d’hiver tenace, un ciel dégagé s’installe et offre aux astronomes amateurs une fenêtre idéale. La Lune, âgée de presque trois semaines, se lève tard et libère le ciel nocturne pour plusieurs heures d’observation. L’occasion est trop belle pour la laisser passer.
Une invitation lancée sur WhatsApp
C’est Jean-Pierre, figure bien connue du club CAASV, qui prend l’initiative en proposant une sortie via le groupe WhatsApp. L’invitation est aussitôt relayée sur le groupe du club Andromède. Après quelques échanges, le verdict tombe : nous serons finalement deux pour cette soirée. Qu’importe — une session à deux, c’est souvent l’occasion de progresser tranquillement et d’échanger sans pression.
Rendez-vous est fixé à 21h sur le site de Giraumont, terrain familier pour les habitués du club. Nous arrivons tous les deux avec une bonne avance, Jean-Pierre ayant même pris un raccourci dans les ruelles du village pour me précéder sur le plateau. Il est 20h45, le Soleil est encore bien visible à l’ouest. Les deux montures AZ-EQ6 SkyWatcher sortent des coffres — la marque britannique est à l’honneur ce soir.
La mise en station, une épreuve de patience
Jean-Pierre souhaitait réaliser sa première mise en station en mode équatorial. Je lui propose de procéder en miroir, chacun avançant étape par étape sur son propre instrument. Sauf que la monture de JP — achetée d’occasion après révision chez le réputé prestataire Pierro Astro — refuse de s’incliner au-delà de 70°. Impossible donc d’atteindre la latitude du site, proche de 50° nord. La vis de réglage semble bloquée.
L’incident relance naturellement le débat éternel entre les astronomes amateurs : matériel neuf ou occasion ? La mienne est neuve, celle de Jean-Pierre révisée. Ce soir, le verdict est sans appel : JP repart en mode azimutal, plus souple à mettre en œuvre et parfaitement adapté à une session visuelle.
Vénus, Jupiter et les premiers défis optiques
Pendant que le Soleil offre un coucher spectaculaire, j’aligne mon tube sur une antenne visible à l’horizon en guise de repère. La polaire n’étant pas encore levée, impossible d’aller plus loin sur la mise en station équatoriale. Vénus brille déjà avec éclat à l’ouest, ce qui m’incite à pointer le tube dans sa direction.
La déception est immédiate : l’image est floue, criblée de dispersion chromatique. L’ADC (Atmospheric Dispersion Corrector) ne change rien à l’affaire. Je commence à suspecter une collimation défaillante sur mon Newton 254/1200. Une légère brise souffle sur le plateau, suffisante pour rendre la photographie planétaire totalement illusoire avec un tube de cette longueur focale.
Jean-Pierre tente également Vénus avec sa lunette de 105 mm. Le résultat n’est guère plus convaincant. Peut-être que la turbulence atmosphérique est responsable, et non la collimation ?
L’alignement sur étoile, moment de fou rire
Pour faciliter le pointage, je propose à Jean-Pierre de réaliser un alignement sur étoile avec sa raquette de commande, en prenant Arcturus comme première référence. S’ensuit une séquence mémorable où les touches Enter et Escape semblent interchangées dans l’esprit du pilote — valider quand il faut échapper, et vice versa. Un classique pour quiconque débute avec ce type de contrôleur.
- Arcturus, puis Véga : deux étoiles brillantes pour affiner l’alignement
- La raquette SkyWatcher : Enter à droite, Escape à gauche — simple une fois mémorisé
- Un fou rire partagé, ingrédient essentiel de toute bonne soirée entre astronomes
Finalement, l’alignement est validé et le suivi fonctionne. Jupiter fait son apparition dans le ciel et devient la prochaine cible. La soirée se poursuit dans une atmosphère détendue, à mi-chemin entre l’observation sérieuse et la convivialité qui caractérise les sorties en club.
Ce que cette soirée illustre pour tout astronome amateur
Une session comme celle du 5 mai 2018 rappelle que l’astronomie amateur se vit autant dans les imprévus que dans les observations réussies. Un problème mécanique sur une monture, une atmosphère capricieuse, une raquette de commande qui résiste — tout cela fait partie de l’apprentissage. La régularité des sorties, même à deux et même avec des conditions perfectibles, reste le meilleur moyen de progresser.
Le site de Giraumont offre un horizon dégagé apprécié des membres du club Andromède. Les nuits de printemps, avec leur absence de Lune en première partie de nuit et leur température encore clémente, méritent d’être saisies dès que le ciel coopère.